50 X 60 cm
D'après une photo de Tono STANO (strange bodyof works) publiée en couverture du Geo magazine, édition italienne de septembre 2007
[c=#333333]Elle est allongée. Les yeux sont clos, la bouche entrouverte.
Elle repose détendue, semble endormie. Une main est posée sur la hanche. Le corps est découvert , Un drap entortillé emprisonne une jambe, L'autre main s'est échappée et retombe hors du lit..
Il fait chaud . Le ventilateur brasse paresseusement l'air au dessus d'elle et rythme de son léger crissement le silence de la nuit. Il ne suffit pas à empêcher le reflet de la lune de se poser là où un voile de sueur fait briller la peau, dans cette vallée qui naît entre les deux clavicules .
La belle est détendue, abandonnée dans cet état éphémère où la conscience hésite au seuil du sommeil et s'attarde sur les rives du rêve semi-conscient; là où le c½ur s'exprime sans amarres, où les visions invitent ,où les sensations capturent. Son corps raconte ce doux abandon, immobile , lové dans la sensuelle torpeur du repos.
Au moment où la respiration, plus régulière et profonde, est sur le point de trahir l'abandon du sommeil, une perception légère, fugitive la retient dans cet état de grâce sensorielle.
Léger comme le battement d'aile d'un papillon, un autre souffle s'est mêlé au sien. Le rythme en est un peu plus rapide. Elle sent la caresse tiède de l'haleine inconnue au coin des lèvres.
Les deux respirations se rencontrent, s'enveloppent, se capturent. L'inconnue devient amie, glisse vers la joue, explore l'aile du nez, l'ombre des cils, la naissance des cheveux ; puis revient vers les lèvres, et se pose en baiser léger à l'angle du sourire. Le frémissement est devenu caresse de plume, effleurement léger et curieux.
Elle ne bouge pas et se livre muette et réceptive à la tendre exploration.
La conscience affleure, puis replonge, volontairement captive de cet enchantement.
Elle attend. Guette le frémissement provocateur qui semble avoir disparu.
Mais voilà qu'un souffle chaud lui caresse l'oreille en un murmure énoncé dans ce langage que seul le corps comprend, qui répond d'un frisson, défiant la moiteur de cette nuit d'été.
Bien qu'elle ait toujours les yeux fermés, elle sent maintenant le regard posé sur elle, qui dessine la courbe du cou, s'attarde sur l'épaule .
Si légère qu'elle ne sait si le souffle est devenu baiser, si le regard s'appuie sur le geste, si son corps n'invente pas ce sortilège sensuel, la ronde magique reprend .
Espiègle, la caresse mystérieuse s'échappe ,s'éloigne avant d'être devinée. Revient taquiner la rondeur de l'épaule, effleurer d'un baiser léger les lèvres qui hésitent à répondre, respirer le creux du cou où elle s'attarde prise à son propre piège avant de glisser là où la lune s'était si insolemment mirée.
Acteur immobile, le corps exploré, est prisonnier d'une douce torpeur qui ne doit plus rien au sommeil. Les sens sont en éveil, tendus par l'attente ; la respiration s'est accélérée, trahissant l' émoi provoqué par l'insolite torture.
Mais elle ne bouge pas. Se veut jouet immobile , victime consentante, totalement soumise au rêve éveillé. Elle craint si fort que le moindre geste n'effraie le si séduisant intrus, ne rompe l'enchantement sensuel.
Les lèvres, le nez, puis la peau se joignent au ballet doucement inquisiteur. La peau est lisse. Si douce.
Elle tressaille. L'invitation se précise. Deux doigts frôlent l'épaule, glissent vers un sein dont le relief pointu invite le geste à poursuivre.
Elle bouge. Le menton tendu, les lèvres s'offrent, attendent le baiser, qui se pose, explore, possède, donne et déclenche le ballet d'émotions qui les emporte , les transporte en une apothéose de sensations intenses et folles, sous le regard doucement complice et jaloux de la lune.